Haïtianaute
  • Accueil
  • Boutique Ayiti Shopee
  • Social
  • Éphémérides
    • Janvier
    • Février
    • Mars
    • Avril
    • Mai
    • Juin
    • Juillet
    • Août
    • Septembre
    • Octobre
    • Novembre
    • Décembre
  • Citations
  • Contact
  • À propos de nous

Discours « Beyond Vietnam: A Time to Break Silence » de Martin Luther King Jr., prononcé le 4 avril 1967 à l'église Riverside de New York.

Au-delà du Vietnam : l’heure de briser le silence

Monsieur le Président, mesdames et messieurs :

Je n’ai pas besoin de m’attarder pour dire à quel point je suis ravi d’être ici ce soir, et combien je suis heureux de vous voir exprimer votre préoccupation pour les questions qui seront discutées ce soir en venant en si grand nombre. Je tiens aussi à dire que je considère comme un grand honneur de partager cette tribune avec le Dr Bennett, le Dr Commager et le rabbin Heschel, ainsi qu’avec certains des dirigeants et personnalités distingués de notre nation. Et bien sûr, il est toujours bon de revenir à l’église Riverside. Au cours des huit dernières années, j’ai eu le privilège de prêcher ici presque chaque année, et c’est toujours une expérience riche et gratifiante de venir dans cette grande église et à cette grande chaire.

Je viens ce soir dans cette magnifique maison de culte parce que ma conscience ne me laisse pas d’autre choix. Je me joins à vous dans cette réunion parce que je suis profondément d’accord avec les objectifs et le travail de l’organisation qui nous a réunis : le Clergy and Laymen Concerned About Vietnam. Les récentes déclarations de votre comité exécutif sont les sentiments de mon propre cœur, et je me suis retrouvé pleinement en accord lorsque j’ai lu ses premières lignes : « Un moment arrive où le silence devient trahison. » Et ce moment est arrivé pour nous en ce qui concerne le Vietnam.

La vérité de ces mots ne fait aucun doute, mais la mission à laquelle ils nous appellent est des plus difficiles. Même pressés par les exigences de la vérité intérieure, les hommes n’assument pas facilement la tâche de s’opposer à la politique de leur gouvernement, surtout en temps de guerre. L’esprit humain ne se meut pas non plus sans grande difficulté contre toute l’apathie de la pensée conformiste qui est en soi et dans le monde environnant. De plus, lorsque les enjeux semblent aussi perplexes qu’ils le sont souvent dans ce terrible conflit, nous sommes toujours au bord d’être hypnotisés par l’incertitude ; mais nous devons avancer.

Et certains d’entre nous qui ont déjà commencé à briser le silence de la nuit ont découvert que l’appel à parler est souvent une vocation d’agonie, mais nous devons parler. Nous devons parler avec toute l’humilité qui convient à notre vision limitée, mais nous devons parler. Et nous devons aussi nous réjouir, car c’est sans doute la première fois dans l’histoire de notre nation qu’un nombre significatif de ses dirigeants religieux ont choisi de s’élever au-delà de la prophétie d’un patriotisme lisse vers les hauteurs d’une ferme dissidence fondée sur les mandats de la conscience et la lecture de l’histoire. Peut-être qu’un nouvel esprit se lève parmi nous. S’il en est ainsi, traçons ses mouvements et prions pour que notre propre être intérieur soit sensible à sa guidance, car nous avons profondément besoin d’une nouvelle voie au-delà des ténèbres qui semblent si proches autour de nous.

Au cours des deux dernières années, alors que j’ai commencé à briser la trahison de mes propres silences et à parler depuis les brûlures de mon propre cœur, alors que j’ai appelé à des départs radicaux de la destruction du Vietnam, beaucoup de personnes m’ont interrogé sur la sagesse de ma voie. Au cœur de leurs préoccupations, cette question a souvent surgi, forte et bruyante : « Pourquoi parlez-vous de la guerre, Dr King ? » « Pourquoi rejoignez-vous les voix de la dissidence ? » « La paix et les droits civiques ne se mélangent pas », disent-ils. « N’êtes-vous pas en train de nuire à la cause de votre peuple ? », demandent-ils ?

Et quand je les entends, bien que je comprenne souvent la source de leur préoccupation, je suis néanmoins profondément attristé, car de telles questions signifient que les interrogateurs ne m’ont vraiment pas connu, ni mon engagement ni ma vocation. En effet, leurs questions suggèrent qu’ils ne connaissent pas le monde dans lequel ils vivent.

À la lumière d’un tel malentendu tragique, je juge d’une importance capitale d’essayer d’expliquer clairement, et j’espère de façon concise, pourquoi je crois que le chemin depuis l’église baptiste de Dexter Avenue – l’église de Montgomery, en Alabama, où j’ai commencé mon pastorat – mène clairement jusqu’à ce sanctuaire ce soir.

Je viens à cette tribune ce soir pour adresser une supplique passionnée à ma nation bien-aimée. Ce discours n’est pas adressé à Hanoï ni au Front national de libération. Il n’est pas adressé à la Chine ni à la Russie. Ce n’est pas non plus une tentative d’ignorer l’ambiguïté de la situation globale ni le besoin d’une solution collective à la tragédie du Vietnam. Ce n’est pas non plus une tentative de faire des Nord-Vietnamiens ou du Front national de libération des parangons de vertu, ni d’ignorer le rôle qu’ils doivent jouer dans la résolution réussie du problème.

Bien qu’ils puissent avoir des raisons justifiables de se méfier de la bonne foi des États-Unis, la vie et l’histoire témoignent éloquemment du fait que les conflits ne sont jamais résolus sans un échange confiant des deux côtés. Ce soir, cependant, je souhaite m’adresser non pas à Hanoï et au Front national de libération, mais plutôt à mes compatriotes américains.

Puisque je suis prédicateur de vocation, je suppose qu’il n’est pas surprenant que j’aie sept raisons majeures de placer le Vietnam dans le champ de ma vision morale.

Il y a d’abord un lien très évident et presque facile entre la guerre au Vietnam et la lutte que moi et d’autres menons en Amérique. Il y a quelques années, il y eut un moment lumineux dans cette lutte. Il semblait y avoir une réelle promesse d’espoir pour les pauvres – noirs et blancs – à travers le programme de lutte contre la pauvreté. Il y avait des expériences, des espoirs, de nouveaux débuts. Puis vint l’escalade au Vietnam, et j’ai vu ce programme brisé et éviscéré comme s’il n’était qu’un jouet politique futile d’une société devenue folle de guerre, et je savais que l’Amérique n’investirait jamais les fonds ni les énergies nécessaires à la réhabilitation de ses pauvres tant que des aventures comme le Vietnam continueraient à aspirer hommes, compétences et argent comme un tube d’aspiration destructeur et démoniaque.

Je fus donc de plus en plus contraint de voir la guerre comme un ennemi des pauvres et de l’attaquer en tant que telle.

Peut-être une reconnaissance plus tragique de la réalité eut lieu quand il devint clair pour moi que la guerre faisait bien plus que dévaster les espoirs des pauvres chez nous. Elle envoyait leurs fils, leurs frères et leurs maris se battre et mourir dans des proportions extraordinairement élevées par rapport au reste de la population. Nous prenions les jeunes Noirs américains qui avaient été estropiés par notre société et les envoyions à huit mille miles de là pour garantir des libertés en Asie du Sud-Est qu’ils n’avaient pas trouvées dans le sud-ouest de la Géorgie ni à East Harlem.

Et ainsi nous avons été confrontés à maintes reprises à l’ironie cruelle de voir des garçons noirs et blancs sur les écrans de télévision se tuer et mourir ensemble pour une nation qui n’a pas été capable de les faire asseoir ensemble dans les mêmes écoles. Et nous les regardons dans une solidarité brutale brûler les huttes d’un pauvre village, mais nous réalisons qu’ils vivraient à peine dans le même quartier à Chicago.

Je ne pouvais pas rester silencieux face à une telle manipulation cruelle des pauvres.

Ma troisième raison va à un niveau encore plus profond de conscience, car elle naît de mon expérience dans les ghettos du Nord au cours des trois dernières années – surtout les trois derniers étés. Alors que je marchais parmi les jeunes hommes désespérés, rejetés et en colère, je leur ai dit que les cocktails Molotov et les fusils ne résoudraient pas leurs problèmes. J’ai essayé de leur offrir ma plus profonde compassion tout en maintenant ma conviction que le changement social vient le plus significativement par l’action non violente. Mais ils demandent – et à juste titre – : « Et le Vietnam ? » Ils demandent si notre propre nation n’utilisait pas des doses massives de violence pour résoudre ses problèmes, pour apporter les changements qu’elle voulait. Leurs questions touchent au cœur, et je savais que je ne pourrais plus jamais élever la voix contre la violence des opprimés dans les ghettos sans avoir d’abord parlé clairement au plus grand pourvoyeur de violence au monde aujourd’hui : mon propre gouvernement.

Pour le bien de ces garçons, pour le bien de ce gouvernement, pour le bien des centaines de milliers qui tremblent sous notre violence, je ne peux pas rester silencieux.

Pour ceux qui posent la question : « N’êtes-vous pas un dirigeant des droits civiques ? » et entendent par là m’exclure du mouvement pour la paix, je réponds ceci. En 1957, quand un groupe d’entre nous a formé la Southern Christian Leadership Conference, nous avons choisi comme devise : « Sauver l’âme de l’Amérique. » Nous étions convaincus que nous ne pouvions limiter notre vision à certains droits pour les Noirs, mais nous affirmions plutôt la conviction que l’Amérique ne serait jamais libre ni sauvée d’elle-même tant que les descendants de ses esclaves ne seraient pas complètement libérés des chaînes qu’ils portent encore.

D’une certaine manière, nous étions d’accord avec Langston Hughes, ce barde noir de Harlem, qui avait écrit plus tôt :

> Ô oui, je le dis clairement, 

> L’Amérique n’a jamais été l’Amérique pour moi, 

> Et pourtant je prête ce serment – 

> L’Amérique le sera !


Maintenant, il devrait être d’une clarté incandescente que quiconque se soucie de l’intégrité et de la vie de l’Amérique aujourd’hui ne peut ignorer la guerre actuelle. Si l’âme de l’Amérique devient totalement empoisonnée, une partie de l’autopsie devra porter : Vietnam.

Elle ne pourra jamais être sauvée tant qu’elle détruit les espoirs les plus profonds des hommes du monde entier. C’est pourquoi ceux d’entre nous qui sont encore déterminés à ce que l’Amérique soit – sont conduits sur le chemin de la protestation et de la dissidence, travaillant pour la santé de notre terre.

Comme si le poids d’un tel engagement envers la vie et la santé de l’Amérique n’était pas suffisant, un autre fardeau de responsabilité m’a été imposé en 1954 ; et je ne peux oublier que le Prix Nobel de la paix était aussi une commission, une commission de travailler plus dur que je ne l’avais jamais fait auparavant pour « la fraternité des hommes ». C’est un appel qui me fait dépasser les allégeances nationales, mais même s’il n’était pas présent, je devrais encore vivre avec le sens de mon engagement envers le ministère de Jésus-Christ. Pour moi, la relation de ce ministère à la construction de la paix est si évidente que je m’émerveille parfois de ceux qui me demandent pourquoi je parle contre la guerre.

Se pourrait-il qu’ils ne sachent pas que la Bonne Nouvelle était destinée à tous les hommes – pour les communistes et les capitalistes, pour leurs enfants et les nôtres, pour les Noirs et les Blancs, pour les révolutionnaires et les conservateurs ? Ont-ils oublié que mon ministère est obéissance à Celui qui a aimé ses ennemis si pleinement qu’il est mort pour eux ? Que puis-je alors dire aux Vietcong ou à Castro ou à Mao en tant que ministre fidèle de Celui-ci ? Puis-je les menacer de mort ou ne dois-je pas plutôt partager ma vie avec eux ?

Et enfin, alors que j’essaie d’expliquer pour vous et pour moi-même le chemin qui mène de Montgomery à cet endroit, j’aurais offert tout ce qui est le plus valable si j’avais simplement dit que je dois être fidèle à ma conviction que je partage avec tous les hommes l’appel à être fils du Dieu vivant. Au-delà de l’appel de la race ou de la nation ou de la croyance, il y a cette vocation de filiation et de fraternité, et parce que je crois que le Père est profondément concerné surtout pour ses enfants souffrants, impuissants et exclus, je viens ce soir parler pour eux.

C’est, je crois, le privilège et le fardeau de tous ceux d’entre nous qui se considèrent liés par des allégeances et des loyautés plus larges et plus profondes que le nationalisme et qui vont au-delà des objectifs et positions auto-défini(e)s de notre nation. Nous sommes appelés à parler pour les faibles, pour les sans-voix, pour les victimes de notre nation et pour ceux qu’elle appelle « ennemis », car aucun document issu de mains humaines ne peut rendre ces humains moins nos frères.

Et tandis que je réfléchis à la folie du Vietnam et que je cherche en moi-même des moyens de comprendre et de répondre avec compassion, mon esprit va constamment vers le peuple de cette péninsule. Je parle maintenant non des soldats de chaque camp, non des idéologies du Front de libération, non de la junte à Saigon, mais simplement du peuple qui vit sous la malédiction de la guerre depuis presque trois décennies continues maintenant.

Je pense aussi à eux parce qu’il est clair pour moi qu’il n’y aura pas de solution significative là-bas tant qu’une tentative ne sera pas faite pour les connaître et entendre leurs cris brisés. Ils doivent voir les Américains comme d’étranges libérateurs.

Le peuple vietnamien a proclamé sa propre indépendance en 1945 – après une occupation combinée française et japonaise et avant la révolution communiste en Chine. Ils étaient dirigés par Hô Chi Minh. Même s’ils citaient la Déclaration d’indépendance américaine dans leur propre document de liberté, nous avons refusé de les reconnaître. Au lieu de cela, nous avons décidé de soutenir la France dans sa reconquête de son ancienne colonie. Notre gouvernement a alors estimé que le peuple vietnamien n’était pas prêt pour l’indépendance, et nous sommes de nouveau tombés victimes de l’arrogance mortelle de l’Occident qui a empoisonné l’atmosphère internationale depuis si longtemps.

Avec cette décision tragique, nous avons rejeté un gouvernement révolutionnaire en quête d’autodétermination et un gouvernement établi non par la Chine – pour laquelle les Vietnamiens n’ont pas grande affection – mais par des forces clairement indigènes incluant certains communistes. Pour les paysans, ce nouveau gouvernement signifiait une véritable réforme agraire, l’un des besoins les plus importants de leur vie.

Pendant neuf ans après 1945, nous avons refusé au peuple vietnamien le droit à l’indépendance. Pendant neuf ans, nous avons vigoureusement soutenu les Français dans leur effort avorté de recoloniser le Vietnam. Avant la fin de la guerre, nous financions quatre-vingts pour cent des coûts de guerre français. Même avant que les Français ne soient vaincus à Diên Biên Phu, ils avaient commencé à désespérer de leur action téméraire, mais nous non. Nous les avons encouragés avec nos énormes fournitures financières et militaires à continuer la guerre même après qu’ils eurent perdu la volonté. Bientôt, nous allions payer presque la totalité des coûts de cette tentative tragique de recolonisation.

Après la défaite française, il semblait que l’indépendance et la réforme agraire arriveraient à nouveau par les Accords de Genève. Mais à la place vint les États-Unis, déterminés à ce que Hô ne puisse pas unifier la nation temporairement divisée, et les paysans regardèrent à nouveau tandis que nous soutenions l’un des dictateurs les plus vicieux de l’époque moderne, notre homme choisi, le Premier ministre Diệm.

Les paysans regardèrent et se recroquevillèrent tandis que Diệm extirpait impitoyablement toute opposition, soutenait leurs propriétaires terriens extorqueurs, et refusait même de discuter de la réunification avec le Nord. Les paysans regardèrent tandis que tout cela était présidé par l’influence des États-Unis puis par un nombre croissant de troupes américaines venues aider à réprimer l’insurrection que les méthodes de Diệm avaient provoquée.

Quand Diệm fut renversé, ils purent être heureux, mais la longue lignée de dictateurs militaires ne sembla offrir aucun vrai changement, surtout en termes de leur besoin de terre et de paix. Le seul changement vint d’Amérique, alors que nous augmentions nos engagements de troupes pour soutenir des gouvernements singulièrement corrompus, incompétents et sans soutien populaire.

Tout ce temps, les gens lisaient nos tracts et recevaient les promesses régulières de paix, de démocratie et de réforme agraire. Maintenant ils languissent sous nos bombes et nous considèrent, non leurs compatriotes vietnamiens, comme le véritable ennemi. Ils se déplacent tristement et apathiquement tandis que nous les chassons de la terre de leurs pères vers des camps de concentration où leurs besoins sociaux minimaux sont rarement satisfaits. Ils savent qu’ils doivent partir ou être détruits par nos bombes. Alors ils partent, principalement des femmes, des enfants et des personnes âgées. Ils regardent tandis que nous empoisonnons leur eau, tandis que nous détruisons un million d’acres de leurs cultures. Ils doivent pleurer tandis que les bulldozers rugissent à travers leurs zones pour préparer la destruction des précieux arbres. Ils errent dans les hôpitaux avec au moins vingt victimes de la puissance de feu américaine pour une blessure infligée par le Vietcong. Jusqu’à présent, nous avons peut-être tué un million d’entre eux, surtout des enfants. Ils errent dans les villes et voient des milliers d’enfants sans abri, sans vêtements, courant en bandes dans les rues comme des animaux. Ils voient les enfants dégradés par nos soldats alors qu’ils mendient de la nourriture. Ils voient les enfants vendre leurs sœurs à nos soldats, solliciter pour leurs mères.

Que pensent les paysans quand nous nous allions aux propriétaires terriens et que nous refusons de mettre en œuvre nos nombreuses paroles sur la réforme agraire ? Que pensent-ils quand nous testons nos dernières armes sur eux, tout comme les Allemands testaient de nouveaux médicaments et de nouvelles tortures dans les camps de concentration d’Europe ? Où sont les racines du Vietnam indépendant que nous prétendons construire ? Est-ce parmi ces sans-voix ? Nous avons détruit leurs deux institutions les plus chères : la famille et le village. Nous avons détruit leur terre et leurs cultures. Nous avons coopéré à l’écrasement – à l’écrasement de la seule force politique révolutionnaire non communiste du pays, l’Église bouddhiste unifiée. Nous avons soutenu les ennemis des paysans de Saigon. Nous avons corrompu leurs femmes et leurs enfants et tué leurs hommes. Il ne reste plus grand-chose sur quoi bâtir, sinon l’amertume. Bientôt, les seules fondations physiques solides restantes se trouveront dans nos bases militaires et dans le béton des camps de concentration que nous appelons « hameaux fortifiés ». Les paysans peuvent bien se demander si nous prévoyons de construire notre nouveau Vietnam sur de tels fondements. Pourrions-nous leur reprocher de penser cela ?

Nous devons parler pour eux et poser les questions qu’ils ne peuvent pas poser. Eux aussi sont nos frères.

Peut-être une tâche plus difficile mais non moins nécessaire est de parler pour ceux qui ont été désignés comme nos ennemis. Qu’en est-il du Front national de libération, ce groupe étrangement anonyme que nous appelons « VC » ou « communistes » ? Que doivent-ils penser des États-Unis quand ils réalisent que nous avons permis la répression et la cruauté de Diệm, qui a contribué à les faire naître en tant que groupe de résistance dans le Sud ? Que pensent-ils de notre tolérance de la violence qui les a conduits à prendre les armes ? Comment peuvent-ils croire en notre intégrité quand maintenant nous parlons d’« agression du Nord » comme s’il n’y avait rien de plus essentiel à la guerre ? Comment peuvent-ils nous faire confiance quand maintenant nous les accusons de violence après le règne meurtrier de Diệm et les accusons de violence tandis que nous déversons chaque nouvelle arme de mort sur leur terre ? Nous devons sûrement comprendre leurs sentiments, même si nous ne cautionnons pas leurs actions. Nous devons sûrement voir que les hommes que nous avons soutenus les ont poussés à la violence. Nous devons sûrement voir que nos propres plans informatisés de destruction éclipsent de loin leurs plus grands actes. Comment nous jugent-ils quand nos officiels savent que leur membership est inférieure à vingt-cinq pour cent communiste, et pourtant insistent pour leur donner ce nom générique ? Que doivent-ils penser quand ils savent que nous sommes conscients de leur contrôle de grandes sections du Vietnam, et pourtant nous semblons prêts à permettre des élections nationales dans lesquelles ce gouvernement parallèle politique hautement organisé n’aura pas de place ? Ils demandent comment nous pouvons parler d’élections libres quand la presse de Saigon est censurée et contrôlée par la junte militaire. Et ils ont sûrement raison de se demander quel genre de nouveau gouvernement nous prévoyons d’aider à former sans eux, le seul parti en réel contact avec les paysans. Ils questionnent nos objectifs politiques et ils nient la réalité d’un règlement de paix dont ils seraient exclus. Leurs questions sont effrayantes de pertinence. Notre nation prévoit-elle de construire à nouveau sur un mythe politique, puis de le soutenir par le pouvoir d’une nouvelle violence ?

Voici la véritable signification et la valeur de la compassion et de la non-violence, quand cela nous aide à voir le point de vue de l’ennemi, à entendre ses questions, à connaître son évaluation de nous-mêmes. Car de son point de vue nous pouvons en effet voir les faiblesses fondamentales de notre propre condition, et si nous sommes matures, nous pouvons apprendre, grandir et profiter de la sagesse des frères qu’on appelle l’opposition.

Il en va de même pour Hanoï. Au Nord, où nos bombes pilonnent maintenant la terre et où nos mines mettent en danger les voies navigables, nous rencontrons une méfiance profonde mais compréhensible. Parler pour eux, c’est expliquer ce manque de confiance dans les paroles occidentales, et surtout leur méfiance envers les intentions américaines actuelles. À Hanoï se trouvent les hommes qui ont conduit la nation à l’indépendance contre les Japonais et les Français, les hommes qui ont cherché l’adhésion au Commonwealth français et ont été trahis par la faiblesse de Paris et la volonté des armées coloniales. Ce sont eux qui ont mené une seconde lutte contre la domination française à des coûts énormes, puis ont été persuadés d’abandonner les terres qu’ils contrôlaient entre le treizième et le dix-septième parallèle comme mesure temporaire à Genève. Après 1954, ils nous ont vus conspirer avec Diệm pour empêcher des élections qui auraient sûrement porté Hô Chi Minh au pouvoir sur un Vietnam unifié, et ils ont réalisé qu’ils avaient été trahis à nouveau. Quand nous demandons pourquoi ils ne sautent pas sur les négociations, ces choses doivent être rappelées. Il doit aussi être clair que les dirigeants de Hanoï considéraient la présence de troupes américaines en soutien au régime Diệm comme la première violation militaire de l’accord de Genève concernant les troupes étrangères. Ils nous rappellent qu’ils n’ont commencé à envoyer des troupes en grand nombre, et même des fournitures, dans le Sud que lorsque les forces américaines étaient passées aux dizaines de milliers. Hanoï se souvient comment nos dirigeants ont refusé de nous dire la vérité sur les offres de paix antérieures du Nord-Vietnam, comment le président a prétendu qu’aucune n’existait alors qu’elles avaient clairement été faites. Hô Chi Minh a regardé tandis que l’Amérique parlait de paix et renforçait ses forces, et maintenant il a sûrement entendu les rumeurs internationales croissantes sur les plans américains d’invasion du Nord. Il sait que les bombardements, les tirs d’artillerie et les mines que nous faisons font partie de la stratégie traditionnelle de pré-invasion. Peut-être que seul son sens de l’humour et de l’ironie peut le sauver quand il entend la nation la plus puissante du monde parler d’agression alors qu’elle largue des milliers de bombes sur une pauvre nation faible à plus de huit mille miles de ses côtes.

À ce stade, je devrais préciser que, bien que j’aie essayé ces dernières minutes de donner une voix aux sans-voix au Vietnam et de comprendre les arguments de ceux qu’on appelle « ennemis », je suis aussi profondément préoccupé par nos propres troupes là-bas que par n’importe quoi d’autre. Car il me semble que ce à quoi nous les soumettons au Vietnam n’est pas simplement le processus de brutalisation qui se produit dans n’importe quelle guerre où les armées s’affrontent et cherchent à se détruire. Nous ajoutons du cynisme au processus de mort, car ils doivent savoir après une courte période là-bas qu’aucune des choses pour lesquelles nous prétendons nous battre n’est vraiment impliquée. Avant longtemps, ils doivent savoir que leur gouvernement les a envoyés dans une lutte entre Vietnamiens, et les plus sophistiqués réalisent sûrement que nous sommes du côté des riches et des sécurisés, tandis que nous créons un enfer pour les pauvres.

Cette folie doit cesser. Nous devons arrêter maintenant. Je parle en tant qu’enfant de Dieu et frère des pauvres souffrants du Vietnam. Je parle pour ceux dont la terre est dévastée, dont les maisons sont détruites, dont la culture est subvertie. Je parle pour les pauvres d’Amérique qui paient le double prix d’espoirs brisés chez eux et de mort et de corruption au Vietnam. Je parle en tant que citoyen du monde, pour le monde qui reste consterné devant le chemin que nous avons pris. Je parle en tant que quelqu’un qui aime l’Amérique, aux dirigeants de notre propre nation : la grande initiative dans cette guerre est la nôtre ; l’initiative pour l’arrêter doit être la nôtre.

C’est le message des grands dirigeants bouddhistes du Vietnam. Récemment, l’un d’eux a écrit ces mots, et je cite : « Chaque jour que la guerre dure, la haine augmente dans le cœur des Vietnamiens et dans le cœur de ceux qui ont un instinct humanitaire. Les Américains forcent même leurs amis à devenir leurs ennemis. Il est curieux que les Américains, qui calculent si soigneusement les possibilités de victoire militaire, ne réalisent pas que dans le processus ils subissent une profonde défaite psychologique et politique. L’image de l’Amérique ne sera plus jamais l’image de la révolution, de la liberté et de la démocratie, mais l’image de la violence et du militarisme. »

Si nous continuons, il n’y aura aucun doute dans mon esprit ni dans celui du monde que nous n’avons aucune intention honorable au Vietnam. Si nous n’arrêtons pas immédiatement notre guerre contre le peuple du Vietnam, le monde sera laissé sans autre alternative que de voir cela comme un horrible, maladroit et mortel jeu que nous avons décidé de jouer.

Le monde exige maintenant une maturité de l’Amérique que nous ne pourrons peut-être pas atteindre. Il exige que nous admettions que nous avons eu tort depuis le début de notre aventure au Vietnam, que nous avons été nuisibles à la vie du peuple vietnamien. La situation est telle que nous devons être prêts à tourner brusquement de nos voies actuelles.

Pour expier nos péchés et nos erreurs au Vietnam, nous devrions prendre l’initiative d’arrêter cette guerre tragique. Je voudrais suggérer cinq choses concrètes que notre gouvernement devrait faire [immédiatement] pour commencer le long et difficile processus de nous extraire de ce conflit cauchemardesque :

1. Mettre fin à tous les bombardements au Nord et au Sud Vietnam. 


2. Déclarer un cessez-le-feu unilatéral dans l’espoir que cette action créera l’atmosphère pour des négociations. 


3. Prendre des mesures immédiates pour empêcher d’autres champs de bataille en Asie du Sud-Est en réduisant notre renforcement militaire en Thaïlande et notre ingérence au Laos. 


4. Accepter réalistement le fait que le Front national de libération a un soutien substantiel au Sud-Vietnam et doit par conséquent jouer un rôle dans toute négociation significative et dans tout futur gouvernement vietnamien. 


5. Fixer une date à laquelle nous retirerons toutes les troupes étrangères du Vietnam conformément à l’accord de Genève de 1954.

Une partie de notre engagement continu pourrait bien s’exprimer par une offre d’asile à tout Vietnamien qui craint pour sa vie sous un nouveau régime incluant le Front de libération. Ensuite, nous devons faire ce que nous pouvons en termes de réparations pour les dommages que nous avons causés. Nous devons fournir l’aide médicale dont on a tant besoin, la rendant disponible dans ce pays si nécessaire.

Pendant ce temps, nous dans les églises et les synagogues avons une tâche continue tandis que nous pressons notre gouvernement de se désengager d’un engagement honteux. Nous devons continuer à élever nos voix et nos vies si notre nation persiste dans ses voies perverses au Vietnam. Nous devons être prêts à assortir les actions aux paroles en cherchant chaque méthode créative de protestation possible.

En conseillant les jeunes hommes sur le service militaire, nous devons clarifier pour eux le rôle de notre nation au Vietnam et les confronter à l’alternative de l’objection de conscience. Je suis heureux de dire que c’est un chemin maintenant choisi par plus de soixante-dix étudiants à mon alma mater, Morehouse College, et je le recommande à tous ceux qui trouvent le cours américain au Vietnam déshonorant et injuste. De plus, j’encouragerais tous les ministres d’âge de conscription à renoncer à leurs exemptions ministérielles et à demander le statut d’objecteurs de conscience.

Ce sont les temps pour de vrais choix et non de faux. Nous sommes au moment où nos vies doivent être mises en jeu si notre nation veut survivre à sa propre folie. Chaque homme de convictions humaines doit décider de la protestation qui convient le mieux à ses convictions, mais nous devons tous protester.

Maintenant, il y a quelque chose de séduisamment tentant à s’arrêter là et à nous envoyer tous sur ce qui, dans certains cercles, est devenu une croisade populaire contre la guerre au Vietnam. Je dis que nous devons entrer dans cette lutte, mais je souhaite maintenant aller plus loin et dire quelque chose d’encore plus troublant.

La guerre au Vietnam n’est qu’un symptôme d’un mal bien plus profond dans l’esprit américain, et si nous ignorons cette réalité sobering… et si nous ignorons cette réalité sobering, nous nous retrouverons à organiser des comités « clergé et laïcs concernés » pour la prochaine génération. Ils seront concernés par le Guatemala et le Pérou. Ils seront concernés par la Thaïlande et le Cambodge. Ils seront concernés par le Mozambique et l’Afrique du Sud. Nous marcherons pour ces noms et une douzaine d’autres sans fin, à moins qu’il n’y ait un changement significatif et profond dans la vie et la politique américaines.

Et ainsi, de telles pensées nous mènent au-delà du Vietnam, mais pas au-delà de notre vocation en tant que fils du Dieu vivant.

En 1957, un officiel américain sensible à l’étranger a dit qu’il lui semblait que notre nation était du mauvais côté d’une révolution mondiale. Au cours des dix dernières années, nous avons vu émerger un schéma de répression qui a maintenant justifié la présence de conseillers militaires américains au Venezuela. Ce besoin de maintenir la stabilité sociale pour nos investissements explique l’action contre-révolutionnaire des forces américaines au Guatemala. Cela explique pourquoi des hélicoptères américains sont utilisés contre des guérillas au Cambodge et pourquoi des napalm américain et des forces Green Beret ont déjà été actifs contre des rebelles au Pérou.

C’est avec une telle activité à l’esprit que les mots du regretté John F. Kennedy nous reviennent hanter. Il y a cinq ans, il a dit : « Ceux qui rendent la révolution pacifique impossible rendront la révolution violente inévitable. »

De plus en plus, par choix ou par accident, c’est le rôle que notre nation a pris, le rôle de ceux qui rendent la révolution pacifique impossible en refusant d’abandonner les privilèges et les plaisirs qui viennent des immenses profits des investissements outre-mer.

Je suis convaincu que si nous voulons nous placer du bon côté de la révolution mondiale, nous en tant que nation devons subir une révolution radicale des valeurs. Nous devons rapidement commencer… nous devons rapidement commencer le passage d’une société orientée vers les choses à une société orientée vers les personnes. Quand les machines et les ordinateurs, les motifs de profit et les droits de propriété sont considérés plus importants que les personnes, les triplets géants du racisme, de l’extrémisme matérialiste et du militarisme sont incapables d’être vaincus.

Une véritable révolution des valeurs nous amènera bientôt à questionner l’équité et la justice de beaucoup de nos politiques passées et présentes. D’un côté, nous sommes appelés à jouer le Bon Samaritain au bord de la route de la vie, mais ce ne sera qu’un acte initial. Un jour, nous devons en venir à voir que toute la route de Jéricho doit être transformée afin que les hommes et les femmes ne soient pas constamment battus et volés pendant leur voyage sur l’autoroute de la vie.

La vraie compassion va au-delà de jeter une pièce à un mendiant. Elle en vient à voir qu’un édifice qui produit des mendiants a besoin d’être restructuré.

Une véritable révolution des valeurs regardera avec malaise le contraste criant entre pauvreté et richesse. Avec une juste indignation, elle regardera par-delà les mers et verra des capitalistes individuels de l’Occident investir d’énormes sommes d’argent en Asie, en Afrique et en Amérique du Sud, seulement pour en retirer les profits sans se soucier de l’amélioration sociale des pays, et dira : « Ce n’est pas juste. » Elle regardera notre alliance avec la grande propriété terrienne d’Amérique du Sud et dira : « Ce n’est pas juste. »

La guerre au Vietnam n’est qu’un symptôme. La vraie maladie est le matérialisme extrême, le militarisme et le racisme qui infectent l’âme américaine. Nous devons guérir cela par une révolution des valeurs.


Laetitia Ky, artiste ivoirienne

Récemment, le président de Miss Universe a dit quelque chose qui a choqué beaucoup de gens. Il a déclaré qu’il est impossible pour la Côte d’Ivoire de gagner Miss Universe à cause de notre passeport qui est “mauvais.”

Selon lui, notre passeport demande des visas pour plus de 175 pays et Miss Universe doit voyager. Il a dit que si Miss Côte d’Ivoire gagnait, elle passerait son année enfermée dans un appartement parce qu’elle ne pourrait jamais voyager.

Ce qui m’a touchée le plus, c’est à quel point tout ça m’est familier.

En tant qu’artiste ivoirienne, je galère avec les visas depuis que j’ai commencé ma carrière. Je ne compte plus le nombre de fois où j’ai pleuré parce que je n’avais pas le temps de faire un visa.

Etre artiste demande de la spontanéité. Parfois on te dit “On a besoin de toi la semaine prochaine” alors que tu sais qu’il te faut au moins une semaine juste pour préparer tous les papiers pour l’ambassade.

Ensuite ton passeport reste là-bas des semaines. Et quand ils te donnent enfin le visa, parfois ils te donnent trois jours seulement.

C’est comme ça que ta propre nationalité devient la raison pour laquelle tu ne peux pas réussir.

J’ai l’impression que le monde entier est construit pour que nous, Africains, restions derrière.

Pour voyager en tant qu’Africain, même juste pour découvrir un autre pays, il faut être riche ou exceptionnel. Il faut prouver que tu ne vas pas “rester” dans leur pays.

Le simple droit humain de voir le monde ne nous est pas donné.

On doit être extraordinaires pour faire des choses que d’autres font sans réfléchir.

Et même quand tu es exceptionnel, même quand tu travailles dur, même quand on t’invite, ils peuvent encore refuser. Parce qu’au fond, tu restes une menace.

Ce sujet, c’est toute ma vie. La rage que je ressens quand j’en parle est énorme. C’est une injustice mondiale.

Pour montrer à quel point c’est profond : quand je dis à un autre artiste africain qui vit à l’étranger que j’ai seulement le passeport ivoirien, il me dit tout de suite “Oh mon Dieu, je suis désolé.” Tout de suite. Il sait. Il a vécu ça avant.

Mais quand je dis ça à un Européen ou un Américain, ils sont choqués. Ils disent “C’est vraiment si difficile pour vous de voyager ?” Ils ne réalisent pas. Ils pensent que c’est simple.

La différence est énorme.

Combien de scientifiques, d’étudiants, d’artistes africains ont dû refuser des opportunités incroyables à cause de leur passeport ? Parce qu’on ne les voit pas comme des talents mais comme des risques.

Et il y a autre chose que les gens ne comprennent pas.

Quand je dis que j’ai besoin d’un visa, certains amis européens me disent “Moi aussi j’ai besoin d’un visa pour venir dans ton pays”, comme si c’était pareil. Ce n’est jamais pareil.

Leur procédure est simple, rapide, acceptée. On ne les questionne pas. On ne les suspecte pas.

Ils sont libres partout.

Mais quand nous on applique, ça devient une guerre psychologique. On nous interroge. On nous juge. On nous humilie quelques fois… On doit justifier tous les details de notre vie.

Eux sont les bienvenus partout. Nous, on est la menace partout.

Je suis fière de mon pays, mais je ne vais pas mentir : beaucoup de fois j’ai pleuré et j’ai détesté être née avec un passeport qui me bloque.

Le sentiment de mendier, L’humiliation, Le stress à l’aéroport où on te regarde comme quelqu’un qui ne va jamais rentrer chez lui. Ça détruit mentalement.

Les gens aiment faire semblant de soutenir le développement africain, mais tout est fait pour qu’on reste pauvres.

Et en disant tout ça, n’oublions pas : je fais partie des chanceuses. J’ai construit un nom, j’ai une visibilité, j’ai des gens qui m’aident. Pour moi, c’est déjà plus facile.

Mais les autres ? Ceux qui ont du talent, des rêves, de l’intelligence, mais aucune plateforme ?

Qu’est-ce qu’ils deviennent ?

Avoir certaines nationalités, c’est comme avoir des chaînes invisibles. Je n’en parle pas souvent, parce que ça peut sonner comme si je n’aimais pas mon pays, mais un de mes plus grands rêves, c’est d’avoir une deuxième nationalité juste pour être libre de bouger. De travailler. D’exister.

Miss universe montre quelque chose de profond : même quand tu es excellente, même quand tu brilles plus que tout le monde, ta nationalité reste un problème. Le monde te voit toujours comme “moins”. Pire, on te fera croire que tu as les mêmes chances que tout le monde pour que tu t’investisses pour, au final, ne jamais avoir de retour.

Je suis tellement reconnaissante envers ceux qui travaillent avec moi malgré toutes les procédures que ça leur impose. Grâce à eux, je construis quelque chose dans ma vie.

Mais chaque jour, je pleure aussi pour les milliers de jeunes Africains qui ne peuvent pas bouger, pas rêver, pas saisir les opportunités simplement parce qu’ils sont nés avec le “mauvais” passeport.

Auteur : Laetitia Ky

 


 Haïtiens !

Une longue oppression avait pesé sur Haïti : votre courage et des efforts héroïques l’ont arrachée, il y a vingt-deux ans, à la dégradation, pour l’élever au niveau des États indépendans. Mais il manquait à votre gloire un autre triomphe. Le pavillon français, en venant saluer cette terre de liberté, consacre en ce jour la légitimité de votre émancipation. Il était réservé au monarque, aussi grand que religieux, qui gouverne la France, de signaler son avénement à la couronne par un acte de justice qui illustre à la fois et le trône dont il émane et la nation qui en est l’objet.

Haïtiens ! une ordonnance spéciale de S. M. Charles X, en date du 17 avril dernier, reconnaît l’indépendance pleine et entière de votre gouvernement. Cet acte authentique, en ajoutant la formalité du droit à l’existence politique que vous aviez déjà acquise, légalisera, aux yeux du monde, le rang où vous vous êtes placés et auquel la Providence vous appelait.

Citoyens ! le commerce et l’agriculture vont prendre une plus grande extension. Les arts et les sciences, qui se plaisent dans la paix, s’empresseront d’embellir vos nouvelles destinées de tous les bienfaits de la civilisation. Continuez, par votre attachement aux institutions nationales et surtout par votre union, à être le désespoir de ceux qui tenteraient de vous troubler dans la juste et paisible possession de vos droits.

Soldats ! vous avez bien mérité de la patrie. Dans toutes les circonstances, vous avez été prêts à combattre pour sa défense. Vous serez toujours fidèles à vos devoirs. La confiance dont vous avez donné tant de preuves au chef de l’État, est la plus douce récompense de sa constante sollicitude pour la prospérité et la gloire de la République.

Haïtiens ! montrez-vous toujours dignes de la place honorable que vous occupez parmi les nations ; et, plus heureux que vos pères, qui ne vous avaient transmis qu’un sort affreux, vous léguerez à votre postérité le plus bel héritage qu’elle puisse désirer : la concorde intérieure, la paix au dehors, une patrie florissante et respectée.

 Signé : Boyer.


Le Baron de Mackau, envoyé de Charles X :

Monsieur le Président,

Le Roi a su qu’il existait sur cette terre éloignée, autrefois dépendante de ses États, un chef illustre, qui ne se servit jamais de son influence et de son autorité que pour soulager le malheur, désarmer la guerre de rigueurs inutiles, et couvrir les Français surtout de sa protection.

Le Roi m’a dit : "Allez vers cet homme célèbre, offrez-lui la paix, et, pour son pays, la prospérité et le bonheur. » J’ai obéi ; j’ai rencontré le chef que m’avait signalé mon Roi, et Haïti a pris son rang parmi les nations indépendantes".

Jean-Pierre Boyer, président d'Haiti :


Monsieur le Baron,

Mon âme est émue à l’expression des sentimens que vous venez de manifester. Il m’est glorieux et satisfaisant tout à la fois d’entendre ce que vous m’annoncez dans cette grande solennité, de la part de Sa Majesté le Roi de France. Tout ce que j’ai fait n’a été que le résultat de principes fixes qui ne varieront jamais.

J’éprouve une véritable satisfaction de pouvoir, dans cette circonstance, vous témoigner combien je me félicite d’avoir été à portée d’apprécier les qualités honorables qui vous distinguent.

Nota : Ces paroles ont été prononcées au Sénat le 11 juillet 1825.

Messieurs du Sénat,

Le Roi m’a ordonné de venir vers vous et de vous offrir en son nom le pacte le plus généreux dont l’époque actuelle offre l’exemple. Vous y trouverez la preuve, Messieurs, qu’en ces grandes circonstances, la royale pensée de Sa Majesté ne s’est pas moins portée sur l’état précaire des Haïtiens que sur les intérêts de ses sujets.

Sans doute, Messieurs, les hautes vertus de votre digne Président, et les prières d’un Prince qui est tout à la fois l’orgueil et de son père et de la France, ont exercé une grande influence sur la détermination de Sa Majesté ; mais il suffirait qu’il y eût du bien à faire à une réunion d’hommes, pour que le cœur de Charles X fût vivement intéressé.

Dieu bénira, Messieurs, cette sincère et grande réconciliation, et permettra qu’elle serve d’exemple à d’autres États déchirés encore par des maux dont l’humanité gémit,

Aussi nous est-il permis, d’espérer que, dans le Nouveau-Monde comme dans l’Ancien, nous trouverons tous les cœurs, ouverts à cet amour qui nous fut légué par nos pères, dont héritera notre postérité la plus reculée, pour cette auguste Maison de France qui, après, avoir fait le bonheur de notre pays, a voulu fonder celui de ce nouvel État. 


Nota : Ce discours date du 11 juillet 1825 et fut prononcé devant le Sénat à Port-au-Prince.

Source : Études sur l'histoire d'Haiti (Beaubrun Ardouin)



Monsieur le Baron,

Les explications contenues dans votre note officielle, en date d’hier, prévenant tout malentendu sur le sens de l’article Ier de l’ordonnance du Roi de France qui reconnaît l’indépendance pleine et entière du gouvernement d’Haïti, et confiant dans la loyauté de Sa Majesté Très-Chrétienne, j’accepte, au nom de la nation, cette ordonnance, et je vais faire procéder à son entérinement au Sénat avec la solennité convenable.

Recevez, Monsieur le Baron, l’assurance de ma haute considération,

Signé : Boyer.

Au Palais national du Port-au-Prince, le 8 juillet 1825, an xxiiie de l’indépendance. 


Reproduction de tableau Ange-René-Armand,
baron de Mackau (1788-1855),
amiral, ministre français de la Marine de Charles Philippe Larivière

On craint que cette clause de l’art. 1er de l’ordonnance du Roi : « Les ports de la partie française, etc., » n’ait pour but de ménager à la France les moyens d’intervenir plus tard, à son gré, dans les affaires de Saint-Domingue.

On dit même que c’est de la part du Roi de France un acte de souveraineté, et on remarque qu’il est en opposition avec les dispositions de l’art. 3 de l’ordonnance qui concède à Haïti l’indépendance pleine et entière de son gouvernement.

On répond d’abord, que c’est faire injure au caractère éminemment religieux du Roi de France, que de supposer que Sa Majesté a voulu retirer d’une main ce qu’elle accordait de l’autre.

C’est pour la première fois que S. M. Charles X s’adresse à l’ancienne colonie de la France, et comment le fait-elle ? En allant elle-même au devant du nouvel État, en lui offrant tout d’abord ce qu’il réclamait naguère, en écartant de sa propre volonté la seule clause (celle de la suzeraineté) qui semblait blesser les Haïtiens, et à laquelle cependant n’aurait jamais voulu renoncer le feu roi, de vénérable mémoire. Les paroles de Charles X ne soin pas entourées d’artifices. Si Sa Majesté a eu de la peine à se résoudre à cette cession d’une partie des domaines de ses pères, il suffit cependant qu’elle y ait été décidée par les prières du Prince, objet de son orgueil et de son amour, pour que, désormais, elle reste inébranlable dans sa résolution. En cette circonstance, comme en toute autre, le Roi tiendra ce qu’il promet.

Sa Majesté m’a dit, et elle a daigné m’autoriser à le répéter, que, par les expressions de cet article, qui cause tant d’inquiétude, elle n’entendait pas se ménager le droit d’intervenir dans les affaires d’Haïti. Cette obscure combinaison serait indigne du caractère élevé d’un monarque dont l’Europe se plaît à proclamer la bonne foi.

Cette clause, ainsi que je l’ai déjà expliqué, n’a d’autre but que de montrer la France fidèle aux engagemens qu’elle a pris au congrès de Vérone avec tous les autres États de l’Europe.

Il y fut arrêté que tout arrangement qui aurait pour but de réconcilier de nouveaux États avec d’anciennes métropoles serait favorisé par tous les souverains de l’Europe, pourvu que (la métropole exceptée) tous les autres pavillons fussent accueillis et traités pareillement dans les nouveaux États.

La France donne la première l’exemple d’une réconciliation qui, étant imitée par son ancienne alliée, peut rendre à toutes les Amériques le repos et la liberté, après lesquels elles soupirent vainement depuis si longtemps ; et c’est dans les premiers mois de l’avénement au trône du Roi Très-Chrétien, que S. M. a voulu consacrer ce grand acte.

La France veut tenir ses promesses au congrès de Vérone, tout en proclamant l’indépendance d’Haïti ; et son but, par cet art. 1er de l’ordonnance qui éveille tant de soupçons, est surtout de prouver qu’elle n’a stipulé des avantages particuliers pour aucun de ses alliés : c’est là son vrai motif.

Peut-on dire que cette première clause annule l’effet de la généreuse déclaration de l’indépendance d’Haïti ? Quand le Roi de France est encore souverain de Saint-Domingue, il tient ses promesses aux divers souverains de l’Europe.

En proclamant l’indépendance d’Haïti, il renonce à toute participation à l’exercice de la souveraineté du nouvel État.

Non, le Roi de France n’a jamais songé à se ménager pour l’avenir des moyens d’intervenir dans les affaires d’Haïti ; S. M. a daigné me le dire positivement, et sa pensée m’est tellement connue à cet égard, que je ne crains pas d’assurer qu’une déclaration formelle de son cabinet, sur ce point, serait obtenue si elle était demandée.

On a dit encore : Mais cet art. 1er est un acte de souveraineté de la part du Roi de France ?

Oui, sans doute, et, dans cette circonstance, je ne manquerai pas à une franchise dont je crois avoir donné des preuves au Président.

Oui, le Roi de France se considère souverain de Saint-Domingue, jusqu’au moment où, par l’art. 3 de son ordonnance, il proclame l’indépendance d’Haïti. Dans sa position élevée, le Roi de France ne feint jamais, il dit tout ce qu’il pense.

Mais si l’art. 1er est un acte de souveraineté, l’art. 3 n’en est-il pas un autre ? Et peut-on contester au Roi de France le droit de parler en souverain, alors que S. M. ne s’adresse aux Haïtiens que pour leur dire : « Soyez une nation libre et indépendante, et amie de mes sujets. »

Je voudrais être assez heureux pour faire passer de mon esprit dans celui de Son Excellence le Président, la conviction dont je suis pénétré. Non, ni la France, ni son bien-aimé souverain ne veulent tromper une nation nouvelle à laquelle nous ouvrons nos bras avec confiance !

Je crois avoir donné au Président, pour l’en convaincre, moins par cette note que par mes fréquentes explications verbales, toutes les raisons qui étaient en mon pouvoir. Un dernier moyen me reste, je l’offre, et il pourra servir à me juger.

Je suis assuré que l’ordonnance du Roi, acceptée et entérinée à Haïti dans les formes voulues par la République, S. E. le Président d’Haïti obtiendra facilement du cabinet de Sa Majesté, la déclaration que paraît rendre indispensable l’inquiétude générale. J’en suis tellement persuadé, que je m’en rends garant, que je m’offre à rester seul en otage jusqu’à ce qu’elle ait été obtenue.

J’enverrai un des bâtimens de ma division porter en France l’acte de l’enregistrement de l’ordonnance : je céderai à un de mes officiers le bonheur d’aller annoncer au Roi cette importante nouvelle, et j’attendrai ici l’effet de la promesse que me permet de faire la connaissance que j’ai des dispositions favorables du Roi et du Dauphin pour le nouvel État.

Après une telle offre, il ne me reste que peu de mots à ajouter. En m’envoyant ici, le Roi m’a imposé des devoirs de deux sortes : je ne manquerai à aucuns, bien que certainement j’éprouverais à remplir les derniers autant de douleur que je ressentirais de joie dans l’accomplissement des premiers.

Je l’ai souvent dit au Président : je ne suis point, un négociateur, je ne suis qu’un soldat ; j’ai reçu une consigne, et je l’exécuterai dans toute son étendue.

Que le Président veuille bien croire que, quelque chose que la Providence décide dans cette grande affaire, je n’en resterai pas moins avec la vive satisfaction d’avoir été appelé à apprécier un homme célèbre, qu’on ne peut approcher sans se remplir pour lui de sentimens de vénération, d’estime, et je voudrais qu’il me fût permis de dire, d’affection.

Le capitaine de vaisseau, gentilhomme de la chambre du Roi,

Signé : Baron de Mackau.

André Rigaud, général de division de la République


Considérant que l’autorité souveraine appartient au peuple, qu’il la délègue à sa volonté et en reprend l’exercice quand il lui plaît ;

Considérant que la constitution autorise tous les citoyens à manifester leurs sentimens sur les opérations du gouvernement, et qu’en cela, ils ne portent point atteinte au respect qu’ils lui doivent ; et que s’ils étaient privés de ce droit, la liberté cesserait d’exister ;

Considérant la situation critique et malheureuse dans laquelle a réduit le département du Sud, la guerre du quartier de la Grande-Anse qui, depuis près de quatre ans, désole cette portion de la République ;

Considérant que la guerre contre le Nord n’a jamais pu permettre au Président d’Haïti de s’occuper sérieusement de l’insurrection de la Grande-Anse, dont les progrès entraîneraient infailliblement la perte totale du département du Sud ;

Considérant que l’expédition contre les révoltés n’a jamais été confiée qu’à des autorités secondaires, avec des pouvoirs limités ; et que l’expérience a prouvé que, loin d’atteindre le but désiré, cette insurrection a un accroissement dont les conséquences pourraient devenir dangereuses pour les citoyens du Sud, leurs familles, leurs propriétés, et même pour toute la République;

Considérant que le département du Sud, dans les limites déterminées par la constitution, comporte une étendue assez considérable pour réclamer un chef qui soit seul chargé de le régir et gouverner, conformément aux lois et à l’équité ;

Considérant que le vœu général des citoyens du Sud est d’avoir un chef particulier pour les commander, afin de n’être pas dans l’obligation d’aller au loin réclamer la justice dans leurs plus petits différends ;

Considérant qu’il est utile et conforme au sentiment de tous les citoyens du Sud, d’organiser un gouvernement chez eux, pour employer tous les moyens de maintenir la paix et l’harmonie parmi eux ;

Considérant que cette disposition ne doit point détacher les citoyens du Sud, de l’amitié qu’ils portent à leurs frères de l’Ouest ; qu’au contraire, quoique gouvernés séparément, ils conserveront toujours une sincère union et feront cause commune, lorsqu’il s’agira de repousser les ennemis de la République ;

Considérant, enfin, qu’il est instant de rétablir la discipline dans les troupes du Sud, et déformer une administration qui puisse procurer des ressources pour leur entretien ;

Le peuple du département du Sud a arrêté et arrête les dispositions suivantes :

1o Le commandement en chef du département du Sud est déféré au général Rigaud, le fondateur de la liberté à Haïti.

Il aura exclusivement le droit de commander l’armée du Sud, de nommer à toutes les places civiles et militaires, de faire des lois pour le bonheur du peuple, de révoquer toutes celles existantes qui seraient contraires à ce but, et de faire généralement toutes dispositions que sa sagesse lui suggérera pour le bien général, ainsi que diminuer ou augmenter les impôts publics, s’il est nécessaire.


2o Pour la garantie publique, et aider le général en chef dans ses travaux, il lui sera adjoint un conseil privé qui sera composé des généraux et de cinq citoyens notables qui seront choisis au scrutin secret, dont la nomination formera un acte séparé.


Source : Études sur l'histoire d'Haiti (Beaubrun Ardouin)


        Un char revêtu de deuil et traîné par quatre chevaux noirs, reçut l’urne qui renfermait le cœur et les entrailles de Lamarre. Toutes les troupes de la garnison du Port-au-Prince, y compris la belle garde du gouvernement, formèrent le cortège qui partit du palais de la présidence, où l’urne funéraire avait été exposée sur un lit de parade, dans une chambre ardente, et se dirigea à l’église métropolitaine. Tous les fonctionnaires civils et militaires, les instituteurs avec leurs élèves, admis à la cérémonie pour recevoir dans leurs jeunes cœurs le germe des vertus guerrières, les commerçans, la population tout entière de la ville, participèrent à ces funérailles. Le canon de deuil fut tiré toute la journée, dans les forts de la ville et à bord des navires de la flotte revenus dans le port. De l’église, où le culte catholique joignit ses pompes religieuses à celles de l’ordre civil et militaire, où A. D. Sabourin, chef d’escadron et aide de camp du Président d’Haïti, prononça une oraison funèbre à la mémoire de l’illustre défunt*, le cortège se rendit dans la soirée, à la lueur de nombreuses torches fumantes, au fort Saint-Joseph où l’urne fut déposée dans un caveau.

        Ce fort, qui avait été défendu par Lamarre, le 1er janvier 1807, prit dès ce jour le nom de fort Lamarre, pour honorer encore la mémoire de ce défenseur de la patrie qui, en ce jour d’épreuves, avait oublié qu’il était prisonnier, pour ne songer qu’à être soldat. Après que l’artillerie et la mousqueterie des troupes eurent terminé la cérémonie militaire, le Président d’Haïti fut accompagné à son palais par les généraux et autres officiers supérieurs, parmi lesquels on distinguait Delva, Nicolas Louis, Bauvoir, Chauvet, Léger, pleurant le héros dont ils avaient si souvent partagé les nobles travaux.

* La loge maçonnique l’Amitié des frères réunis, dont Lamarre était membre, fit aussi dans son sein un service funèbre pour honorer sa mémoire ; elle y admit les membres de la famille du défunt, et Daumec prononça son éloge d’une manière fort éloquente ; il excellait dans ce genre.

Nota : Le général Lamarre, loyal à Pétion, est mort au combat alors qu'il tentait avec ses troupes de garder les positions de l'Armée républicaine dans le Nord-Ouest alors que Christophe tentait de les y déloger.

Source : Études sur l'histoire d'Haiti (Beaubrun Ardouin)


Le Président d’Haïti,

Toujours occupé de rendre le sort des défenseurs de la patrie aussi heureux que les moyens de l’État peuvent le permettre, et de récompenser les militaires qui ont rendu des services à la République et qui ne sont pas en activité de service ; après avoir pris l’avis de son conseil, arrête ce qui suit :

1. Il sera fait aux défenseurs de la patrie en non-activité de service, pour eux et leurs ayans-causes, une répartition de terres à titre de don national, qui sera réglée de la manière suivante :

Aux sous-officiers et soldats, cinq carreaux.

Aux officiers, depuis le grade de sous-lieutenant jusqu’à celui de capitaine inclusivement, dix carreaux.

Aux chefs de bataillon, quinze carreaux, et aux colonels, vingt-cinq carreaux.

2. La répartition ci-dessus sera déterminée par un règlement particulier. Le secrétaire d’État est chargé de l’exécution du présent arrêté, etc.

Signé : Pétion

Nota : Ce document a été publié le 30 décembre 1810.

Sénateurs,

Élevé, par votre choix, à la première magistrature de l’État, devenu, en quelque sorte, le dépositaire du bonheur et des destinées de notre pays, j’ai l’honneur de vous déclarer que je serais effrayé de l’étendue des obligations que vous m’imposez, si je n’étais certain de trouver dans vos lumières, dans votre sagesse et dans votre énergie, toutes les ressources dont j’aurai besoin. Cette idée, sénateurs, doit me rassurer ; et, acceptant avec confiance la nouvelle mission dont vous m’honorez, mon cœur va prononcer dans le sein du sénat, le serment que la constitution prescrit au Président d’Haïti :

Je jure de remplir fidèlement l’office de Président d’Haïti, et de maintenir de tout mon pouvoir la constitution.

Que les armes confiées au peuple pour la défense de sa liberté, se dirigent contre ma poitrine, si jamais je concevais le projet audacieux et impie d’attenter à ses droits ; si jamais j’oubliais que c’est après avoir contribué à punir de mort un tyran dont l’existence était un tort de la nature, que c’est après avoir contribué à en proscrire un autre, qui, par sa folle ambition, a allumé parmi nous le feu de la guerre civile, que je me vois élevé à la Présidence d’Haïti !

Source : Études sur l'histoire d'Haïti (Beaubrun Ardouin)


Pour rendre une révolution utile, il faut, après s’être fait justice d’un tyran, frapper encore sur la tyrannie et lui ôter tous moyens de se reproduire. Tel a été le vœu ainsi que l’objet du peuple, en vous nommant pour lui donner une constitution.

Chargés par vous, citoyens, de recueillir les principes et les institutions les plus propres à fonder et à assurer la liberté et le bonheur de nos concitoyens, nous venons vous présenter le résultat de notre travail.

C’est une vérité incontestable, que le meilleur système de gouvernement est celui qui, étant le mieux adapté au caractère et aux mœurs du peuple pour qui il est fait, doit lui procurer la plus grande somme de bonheur. Mais il est également évident et certain, qu’il est des principes communs à toute bonne constitution. Le plus essentiel de ces principes est la séparation des pouvoirs, puisque leur concentration dans les mêmes mains est ce qui constitue et définit le despotisme.

Nous vous proposons donc, citoyens, d’établir un Sénat dont les membres seront élus, pour cette fois, par l’assemblée constituante, et seront pris, à l’avenir, parmi les fonctionnaires publics que le peuple aura désignés. Ainsi le Sénat sera composé de militaires qui se seront signalés par des services rendus à la patrie, et de citoyens qui, par leurs talens et leurs vertus, auront mérité la confiance publique.

Voyez quels avantages doivent résulter de cette institution. Nos lois ne seront plus l’expression du caprice et de la volonté d’un individu toujours porté, par ses passions, à séparer son intérêt particulier de l’intérêt général ; elles seront l’ouvrage d’hommes intègres et éclairés ; elles seront soumises à un examen sévère et à une discussion publique. Ceux qui les auront dictées comme sénateurs, seront forcés d’y obéir comme citoyens. Le peuple n’aura plus à craindre que l’impôt pèse sur lui au-delà de ce qu’exigent les besoins de l’État, parce qu’il aura dans ses représentans des défenseurs d’autant plus intéressés à le garantir à cet égard, que le poids porterait sur eux et leur famille.

C’est par la séparation des pouvoirs, citoyens, que les Américains sont devenus nombreux et florissans dans une progression tellement rapide, que les annales d’aucun peuple n’offrent un pareil exemple.

La séparation des pouvoirs a jeté sur l’Angleterre un éclat que n’ont pu ternir les défauts de son gouvernement.

Nous avons cru devoir vous proposer de composer le Sénat de vingt-quatre membres. Ce corps ne doit pas être trop nombreux, l’expédition des affaires en souffrirait : il doit l’être suffisamment pour que les lois se trouvent conformes, autant que possible, au désir et à la volonté du peuple.

La nomination aux emplois et aux fonctions de l’État, que nous avons attribuée au Sénat, sera toujours un des articles les plus essentiels dans toute constitution. C’est vouloir pervertir l’esprit public, c’est vouloir préparer l’esclavage de ses concitoyens, que de reconnaître au pouvoir exécutif cette importante attribution. Les fonctionnaires publics ne doivent point se considérer comme les créatures d’un individu ; tout doit au contraire leur rappeler qu’ils sont les agents et les délégués du peuple ou de ses représentans. Ainsi donc, en bonne théorie, et dans la pratique de tout gouvernement bien ordonné, le droit de nommer les fonctionnaires publics appartient essentiellement à la puissance législative.

Vous n’avez pas oublié ce que produisit sous Dessalines, cette prérogative de nommer aux places qui fut une de ses usurpations.

L’ambition et la cupidité s’emparèrent de tous les cœurs ; des hommes irréprochables jusqu’alors, consentirent, pour obtenir ou conserver un emploi, à se faire les suppôts et les agents de la tyrannie : d’autres devinrent, à la volonté du tyran, les instrumens de sa férocité.

Tous les chefs, il est vrai, ne ressemblent point à Dessalines ; mais en législation, on compte sur les principes et jamais sur les hommes.


Celui qui est chargé de faire des lois pour son pays écarte de lui toute passion, ainsi que toutes affections particulières ; le saint amour de la patrie remplit son cœur tout entier ; le moment présent n’est point tout pour lui ; son âme s’élance dans l’avenir ; il s’associe aux générations qui doivent lui survivre ; il veut que les lois politiques et civiles soient en harmonie avec les lois de la nature, parce qu’il se regarde comme l’organe et le ministre de cette Providence divine qui a créé l’homme pour qu’il fût heureux dans tous les temps.

D’ailleurs, citoyens, si nous déléguions au chef du gouvernement une portion seulement du pouvoir législatif, au lieu de travailler pour la liberté, nous établirions le despotisme. L’expérience ne prouve-t-elle pas que le pouvoir législatif tend sans cesse au relâchement, tandis que le pouvoir exécutif acquiert sans cesse une plus grande intensité de force ?

Nous vous proposons, citoyens, qu’aucune somme ne sorte du trésor public sans la signature du secrétaire d’État qui, placé auprès du Sénat, sera toujours prêt à lui rendre compte de ses opérations. Il est juste que le peuple, dont les contributions forment les revenus de l’État, soit instruit de l’emploi qui en a été fait. S’il en était autrement, si, comme dans les monarchies, le trésor public devenait le trésor d’un individu, la corruption s’introduirait jusque dans le Sénat. Les hommes étant partout les mêmes, ayons la modestie de croire que nous ne serons pas plus incorruptibles dans notre République, qu’ils ne le sont ailleurs.

Dans la situation où nous nous trouvons avec les autres gouvernemens, il est important de reconnaître au Sénat le droit d’entretenir les relations extérieures et de conduire les négociations. Nous devons rechercher la bienveillance et cultiver l’amitié de tous les gouvernemens ; en leur payant les égards et le respect qui leur sont dus, nous aurons droit d’espérer de leur part, un retour de procédés nobles et généreux.

En nous occupant du pouvoir exécutif, nous avons pensé que le titre modeste de Président était celui qui convenait le plus au premier magistrat de la République. Nous vous proposons qu’il soit élu pour quatre ans, et qu’il puisse être indéfiniment réélu. Nous vous proposons aussi qu’il ait le commandement de l’armée et qu’il nomme les commissaires près les tribunaux.

Ces pouvoirs et ces attributions qui excèdent ceux que possédait le Directoire exécutif de France, rendent extrêmement importante la carrière qu’il va parcourir. Déjà, nous entendons la voix du peuple qui lui crie :

« Nos représentans vous ont élu à la première magistrature de l’État ; ils ont voulu que vous en fussiez le premier citoyen. Honneurs, dignités, fortune, ils ont tout accumulé sur votre tête. Si vous le méritez, vous serez toute votre vie environné de l’éclat du commandement ; mais, contribuez à nous rendre heureux ! Rappelez-vous qu’il vient un moment où toutes les illusions des hommes se dissipent, et que lorsque vous serez arrivé à ce terme auquel la nature vous appelle, comme tout autre, vous ne trouverez alors de réel et de consolant que le témoignage d’une conscience irréprochable, ainsi que le souvenir des services rendus à la patrie. »

Dans l’article qui traite de la justice civile, vous trouverez des dispositions qui garantissent vos propriétés ; et dans l’article qui traite de la justice criminelle, vous trouverez des dispositions qui respirent l’humanité.

En reconnaissant à tout citoyen, le droit d’émettre et de publier ses pensées sur les matières de gouvernement, nous faisons de la liberté de la presse, le palladium de la liberté publique.

Gouvernés par de tels principes, obéissant à une constitution qui sera la boussole qui nous empêchera de nous égarer dans la route que nous avons à suivre, que nous manquer a-t-il pour être heureux ? Rien, citoyens, si nous savons user des bienfaits de cette Providence divine qui nous a protégés dans toutes nos entreprises, et qui, en nous plaçant au centre de cet archipel, sous un ciel heureux, sur une terre de merveilleuse fertilité, semble nous avoir destinés à être le peuple le plus fortuné de l’univers.

Source : Études sur l'histoire d'Haiti (Beaubrun Ardouin)

Articles plus anciens Accueil

Shopy 509

https://shopy509.com/products/jean-jacques-dessalines-snap-case-for-iphone

Visites du site

Citations

Les lâches ! Ils n'ont point senti, dans leur aveuglement, qu'ils foulaient aux pieds cette constitution qu'ils avaient juré de défendre ! Ils n'ont point compris, ces indignes descendants des fondateurs de notre indépendance que, répudiant l'héritage de nos pères, livraient à l'étranger le sol de la Patrie, tiède encore du sang de leurs ancêtres ! — Faustin Soulouque, Empereur d'Haïti
Never Miss A Recipe!

Join thousands of our subscribers and get our best recipes delivered each week!

POPULAR POSTS

  • Fable : Le serpent et l'homme
  • Traité de Ryswick par lequel l'Espagne cède la partie occidentale de l'île d'Haïti à la France
  • Acte par lequel Jean-Jacques Dessalines accepte d'endosser la dignité d'Empereur d'Haïti
  • Hymne à la Liberté d'Antoine Dupré
  • L'île de La Navase : trésor haïtien confisqué par les États-Unis d'Amérique
  • Lettre de Jean Jacques Dessalines au Ministre des Finances lui demandant de décaisser de l'argent pour les besoins du Palais impérial
  • Visite du président Gustavo Petro en Haïti, un hommage à l'héritage de Bolivar et un engagement à renforcer les liens bilatéraux
  • Serment au drapeau instauré par le président François Duvalier en 1964
  • La commune de Torbeck
  • Lettre de Toussaint Louverture à Napoléon Bonaparte
Fourni par Blogger

Polls

Choix éditorial

Loi de 1848 créant la fête de Jean-Jacques Dessalines, Empereur d'Haïti

Image

Nombre de visites

  • Accueil
  • Éphémérides
  • _Janvier
  • _Février
  • _Mars
  • _Avril
  • _Mai
  • _Juin
  • _Juillet
  • _Août
  • _Septembre
  • _Octobre
  • _Novembre
  • _Décembre
  • La Boutique
  • Les communes d'Haïti
  • _Artibonite
  • _Centre
  • _Grande-Anse
  • _Nippes
  • _Nord
  • _Nord-Est
  • _Nord-Ouest
  • _Ouest
  • _Sud
  • _Sud-Est
  • Citations
  • Vidéos

Par sujet

  • Afrique
  • Alexandre Pétion
  • Colonialisme
  • Culture
  • Dominicanie
  • Esclavage
  • Haïti
  • Henry Christophe
  • Internationalisme
  • Jean-Jacques Dessalines
  • Toussaint Louverture
  • Venezuela
  • Vodou

Follow Us

  • bloglovinFollow
  • pinterestFollow
  • instagramFollow
  • facebookFollow
  • InstagramFollow
  • InstagramFollow

Contact

Formulaire de contact

Nom

E-mail *

Message *

Advertisement

Citation

Citation
Si l'héroïsme existe quelque part ici-bas, sans doute, faudrait-il aller le chercher dans les pliures du Bicolore haïtien. (Hubert Papailler)

Visitez la boutique

Popular Posts

L'île de La Navase : trésor haïtien confisqué par les États-Unis d'Amérique

Une île haïtienne intacte, appelée La Navase, a été revendiquée par les États-Unis et rebaptisée Navassa Island, bien qu'elle se trouve à seulement 25 miles (40 km) au Sud-ouest de la ville de Jérémie et à 37 miles (60 km) de la péninsule la plus occidentale d'Haïti. La Navase est inhabitée, mais les Haïtiens pêchent sur ses côtes depuis plus de deux siècles, et toutes les îles adjacentes à Haïti, quelle que soit leur population, sont considérées comme faisant partie intégrante du pays depuis la première Constitution de Toussaint Louverture en 1801. De plus, l'article 2 de la Constitution haïtienne de 1874 mentionne expressément que les possessions insulaires d'Haïti comprennent La Navaze. L'île de 1300 acres (5,26 km²) en forme de déchirure pose un défi à l'habitation humaine parce qu'elle ne contient pas d'eau douce et les falaises abruptes le long de sa côte rendent presque impossible le débarquement d'un bateau ; cependant, elle a accueilli telle...
Image

Les présidents dominicains d'origine haïtienne

Beaucoup de gens ignorent que la République dominicaine a eu quatre présidents d'origine haïtienne. C'est un sujet peu traité et même caché par les historiens traditionnels. General Gregorio Luperon Gregorio Luperon Le premier président dominicain d'origine haïtienne fut Gregorio Luperon qui fut président provisoire de la République du 18 décembre 1879 au 1er septembre 1880. Concernant ses origines haïtiennes, l'historien Emilio Cordero Michel déclare : "Bien que du côté de sa mère, Luperon était d'origine haïtienne, à certains moments de sa vie, il a manifesté des préjugés contre Haïti qui ont refait surface au sein du peuple dominicain en raison du processus historique qu'il a vécu de 1844 à 1861" (Emilio Cordero Michel. Article Luperon et Haïti. Clio Magazine №152. 1995. Académie dominicaine d'histoire). Un autre historien qui fait référence à l'ascendance haïtienne de Luperon est le Dr Tirso Mejia Ricart qui établit ...
Image

Lettre de remerciement du général dominicain Gregorio Luperón au président Nissage Saget

Les présidents haïtiens Fabre Nicolas Geffrard et Nissage Saget ont aidé la République Dominicaine à maintenir sa souveraineté et son indépendance face à la volonté d'une certaine élite emmenée par les présidents Pedro Santana et Buenaventura Baez de livrer le pays à l'Espagne et de redevenir ainsi une colonie. Quant au président Nissage Saget, il a offert l'asile à des résistants dominicains, leur a donné des hommes, des armes, des munitions, de l'argent pour aller libérer leur pays. Ci-dessous, la lettre de remerciement de Gregorio Luperón au président Saget, dans laquelle il a également reconnu que son pays est redevable d'une immense dette envers Haïti en raison de son soutien au peuple dominicain. Une circonstance imprévue m'a emmené à Saint-Marc sur le bateau que je commandais. Votre accueil franc, loyal et sympathique a fait déborder en moi l'instinct de fraternité envers le peuple haïtien, et m'a rendu redevable à votre gouvernement d'une...
Image

Lettre de refus d'Anténor Firmin à la demande des États-Unis d'affermer le Môle Saint-Nicolas

Joseph Auguste Anténor Firmin, Ministre des Relations extérieures de la République d'Haïti Port-au-Prince, 22 avril 1891 Messieurs les plénipotentiaires, J'ai l'honneur de vous accuser réception à Vos Excellences de votre dépêche du 21 de ce mois, par laquelle vous avez bien voulu m'adresser une copie officielle du document signé par son Excellence le Président des États-Unis et vous investissant de pleins - pouvoirs pour - conférer avec toutes personnes revêtues des mêmes pouvoirs par Haïti, afin de négocier une convention entre les deux gouvernements. En examinant ce document et me référant à l'entrevue que j'eus l'honneur d'avoir avec Vos Excellences le jour même de la réception de votre dépêche, je dois inférer que vos pleins pouvoirs se rapportent à la demande faite le 7 février dernier au gouvernement d'Haïti, par l'honorable amiral Gherardi, en qualité de commissaire spécial des États-Unis, d'exprimer son consentement d'accorder au...
Image

Haïti : la malédiction blanche

Par Eduardo Galeano, intellectuel uruguayen 6 Avril 2004 Le premier jour de cette année, la liberté a fêté deux siècles de vie dans le monde. Personne ne s’en est rendu compte ou presque. Quelques jours plus tard, le pays de l’anniversaire, Haïti, occupait une certaine place dans les médias ; non pas à cause de cet anniversaire de la liberté universelle, mais parce qu’a été provoqué un bain de sang qui a fini par faire tomber le président Aristide. Haïti a été le premier pays où on a aboli l’esclavage. Toutefois, les encyclopédies les plus répandues et presque tous les textes d’éducation attribuent à l’Angleterre cet honneur historique. Il est vrai qu’un beau jour l’empire a changé d’avis, lui qui avait été le champion mondial du trafic négrier ; mais l’abolition britannique s’est produite en 1807, trois années après la révolution haïtienne, et s’est avérée tellement peu convaincante qu’en 1832 l’Angleterre a dû interdire à nouveau l’esclavage. La négation d’Haïti n’a rien de nouveau....
Image

La prière de Boukman Dutty

Cette prière a été prononcée par le prêtre vodou, Dutty Boukman, esclave né à la Jamaïque, lors de la cérémonie du Bois-Caïman tenue dans la nuit du 13 au 14 août 1791.  Cérémonie qui a permis quelques jours plus tard le soulèvement général des esclaves et qui constitue l'une des premières marches vers l'indépendance d'Haiti en 1804. Kreyol Bon Dje ki fè latè. Ki fè solèy ki klere nou anwo. Bon Dje ki soulve lanmè. Ki fè gronde loray. Bon Dje nou ki gen zorèy pou tande. Ou ki kache nan nyaj. Kap gade nou kote ou ye la. Ou wè tout sa blan fè nou sibi. Dje Blan yo mande krim. Bon Dje ki nan nou an vle byen fè. Bon Dje nou an ki si bon, ki si jis, li odone vanjans. Se li kap kondui bra nou pou nou ranpote la viktwa. Se li kap ba nou asistans. Nou tout fèt pou nou jete potre dje Blan yo ki swaf dlo lan zye. Koute vwa la libète kap chante lan kè nou. Français Le dieu qui créa la terre, qui créa le soleil qui nous donne la lumière. Le dieu qui détient les océans, qui fait gronder...
Image

Lettre de Jean-Jacques Dessalines au président Thomas Jefferson des Etats-Unis

Au quartier Général, Habitation de Frère, Plaine du Cul de Sac 23 Juin 1803 Jean Jacques Dessalines, Général en chef de l’Armée de Saint-Domingue à Monsieur le président des Etats-Unis d'Amérique Monsieur Le Président, La Goélette des États-Unis (La Fédérale, Capitaine Neheniah Barr) forcée d’entrer dans le port du Petit Goâve par nos chaloupes en croisière, m’offre l’honneur de vous instruire des événements survenus dans notre malheureuse isle depuis l’arrivée des Français et de la révolution qu’y a occasionné la tirannie de leur gouvernement oppresseur. Lassé de payer par l’effusion de tout notre sang le prix de notre aveugle fidélité à une métropole qui égorge ses enfans , le peuple de Saint Domingue, à l’exemple des nations les plus sages, a secoué le joug de la tirannie et juré l’expulsion de ses bourreaux. Déjà nos campagnes sont purgées de leur aspect; quelques villes leur restent encore, mais n’offrent plus rien à leur avide rapacité. Le...
Image

Lettre de Toussaint Louverture à Napoléon Bonaparte

Général Toussaint Louverture Militaire et Homme d'État haïtien Citoyen Consul,  Votre lettre m’a été transmise par le citoyen Leclerc, votre beau-frère, que vous avez nommé capitaine-général de cette île : titre qui n’est point reconnu par la constitution de Saint-Domingue. Le même messager a rendu deux enfants innocents aux embrassements et à la tendresse de leur père. Mais quelques chers que me soient mes fils, je ne veux point avoir d’obligation à mes ennemis, et je les renvoie à leurs geôliers. Les forces destinées à faire respecter la souveraineté du peuple français ont aussi effectué une descente ; elles répandent partout le carnage et la dévastation. De quel droit veut-on exterminer, par le fer et par le feu, un peuple grossier, mais innocent ? Nous avons osé former une constitution adaptée aux circonstances. Elle contient de bonnes choses, comme vous en convenez vous-même ; mais il s’y trouve aussi, dites-vous, des articles contraires à la souveraineté du peupl...
Image

I have a dream : Discours historique de Martin Luther King le 28 Août 1963 à Washington

J e suis heureux de me joindre à vous aujourd’hui pour participer à ce que l’histoire appellera la plus grande démonstration pour la liberté dans les annales de notre nation. Il y a un siècle de cela, un grand Américain qui nous couvre aujourd’hui de son ombre symbolique signait notre Proclamation d’Émancipation. Ce décret capital se dresse, comme un grand phare illuminant d’espérance les millions d’esclaves marqués au feu d’une brûlante injustice. Ce décret est venu comme une aube joyeuse terminer la longue nuit de leur captivité. Mais, cent ans plus tard, le Noir n’est toujours pas libre. Cent ans plus tard, la vie du Noir est encore terriblement handicapée par les menottes de la ségrégation et les chaînes de la discrimination. Cent ans plus tard, le Noir vit à l’écart sur son îlot de pauvreté au milieu d’un vaste océan de prospérité matérielle. Cent ans plus tard, le Noir languit encore dans les coins de la société américaine et se trouve exilé dans son propr...
Image

Les péchés d'Haïti

Eduardo Hughes Galeano Article écrit par Eduardo Galeano en 1996, journaliste et écrivain uruguayen, est l'une des personnalités les plus en vue de la littérature latino-américaine. Ses livres ont été traduits en plusieurs langues. Ses œuvres les plus connues sont Memoria del fuego (1986) et Las venas abiertas de América Latina (1971). La démocratie haïtienne est née il y a peu de temps. Au cours de sa brève vie, cette créature affamée et malade n'a reçu que des gifles. Elle est née récemment au cours des fêtes de fin d'années de 1991, quand elle a été assassinée par le coup-d'état du général Raoul Cédras. Trois ans plus tard, il a été ressuscité. Après avoir fait entrer et sortir tant de dictateurs militaires, les États-Unis ont fait déposé et remis au pouvoir le président Jean-Bertrand Aristide, qui avait été le premier dirigeant  élu par le vote populaire dans l'histoire d'Haïti et qui avait eu la folie de vouloir un pays moins injuste. Le vote et le vet...
Image
Adbox

Popular Posts

L'île de La Navase : trésor haïtien confisqué par les États-Unis d'Amérique

Une île haïtienne intacte, appelée La Navase, a été revendiquée par les États-Unis et rebaptisée Navassa Island, bien qu'elle se trouve à seulement 25 miles (40 km) au Sud-ouest de la ville de Jérémie et à 37 miles (60 km) de la péninsule la plus occidentale d'Haïti. La Navase est inhabitée, mais les Haïtiens pêchent sur ses côtes depuis plus de deux siècles, et toutes les îles adjacentes à Haïti, quelle que soit leur population, sont considérées comme faisant partie intégrante du pays depuis la première Constitution de Toussaint Louverture en 1801. De plus, l'article 2 de la Constitution haïtienne de 1874 mentionne expressément que les possessions insulaires d'Haïti comprennent La Navaze. L'île de 1300 acres (5,26 km²) en forme de déchirure pose un défi à l'habitation humaine parce qu'elle ne contient pas d'eau douce et les falaises abruptes le long de sa côte rendent presque impossible le débarquement d'un bateau ; cependant, elle a accueilli telle...
Image

Les présidents dominicains d'origine haïtienne

Beaucoup de gens ignorent que la République dominicaine a eu quatre présidents d'origine haïtienne. C'est un sujet peu traité et même caché par les historiens traditionnels. General Gregorio Luperon Gregorio Luperon Le premier président dominicain d'origine haïtienne fut Gregorio Luperon qui fut président provisoire de la République du 18 décembre 1879 au 1er septembre 1880. Concernant ses origines haïtiennes, l'historien Emilio Cordero Michel déclare : "Bien que du côté de sa mère, Luperon était d'origine haïtienne, à certains moments de sa vie, il a manifesté des préjugés contre Haïti qui ont refait surface au sein du peuple dominicain en raison du processus historique qu'il a vécu de 1844 à 1861" (Emilio Cordero Michel. Article Luperon et Haïti. Clio Magazine №152. 1995. Académie dominicaine d'histoire). Un autre historien qui fait référence à l'ascendance haïtienne de Luperon est le Dr Tirso Mejia Ricart qui établit ...
Image

Lettre de remerciement du général dominicain Gregorio Luperón au président Nissage Saget

Les présidents haïtiens Fabre Nicolas Geffrard et Nissage Saget ont aidé la République Dominicaine à maintenir sa souveraineté et son indépendance face à la volonté d'une certaine élite emmenée par les présidents Pedro Santana et Buenaventura Baez de livrer le pays à l'Espagne et de redevenir ainsi une colonie. Quant au président Nissage Saget, il a offert l'asile à des résistants dominicains, leur a donné des hommes, des armes, des munitions, de l'argent pour aller libérer leur pays. Ci-dessous, la lettre de remerciement de Gregorio Luperón au président Saget, dans laquelle il a également reconnu que son pays est redevable d'une immense dette envers Haïti en raison de son soutien au peuple dominicain. Une circonstance imprévue m'a emmené à Saint-Marc sur le bateau que je commandais. Votre accueil franc, loyal et sympathique a fait déborder en moi l'instinct de fraternité envers le peuple haïtien, et m'a rendu redevable à votre gouvernement d'une...
Image

Lettre de refus d'Anténor Firmin à la demande des États-Unis d'affermer le Môle Saint-Nicolas

Joseph Auguste Anténor Firmin, Ministre des Relations extérieures de la République d'Haïti Port-au-Prince, 22 avril 1891 Messieurs les plénipotentiaires, J'ai l'honneur de vous accuser réception à Vos Excellences de votre dépêche du 21 de ce mois, par laquelle vous avez bien voulu m'adresser une copie officielle du document signé par son Excellence le Président des États-Unis et vous investissant de pleins - pouvoirs pour - conférer avec toutes personnes revêtues des mêmes pouvoirs par Haïti, afin de négocier une convention entre les deux gouvernements. En examinant ce document et me référant à l'entrevue que j'eus l'honneur d'avoir avec Vos Excellences le jour même de la réception de votre dépêche, je dois inférer que vos pleins pouvoirs se rapportent à la demande faite le 7 février dernier au gouvernement d'Haïti, par l'honorable amiral Gherardi, en qualité de commissaire spécial des États-Unis, d'exprimer son consentement d'accorder au...
Image

Haïti : la malédiction blanche

Par Eduardo Galeano, intellectuel uruguayen 6 Avril 2004 Le premier jour de cette année, la liberté a fêté deux siècles de vie dans le monde. Personne ne s’en est rendu compte ou presque. Quelques jours plus tard, le pays de l’anniversaire, Haïti, occupait une certaine place dans les médias ; non pas à cause de cet anniversaire de la liberté universelle, mais parce qu’a été provoqué un bain de sang qui a fini par faire tomber le président Aristide. Haïti a été le premier pays où on a aboli l’esclavage. Toutefois, les encyclopédies les plus répandues et presque tous les textes d’éducation attribuent à l’Angleterre cet honneur historique. Il est vrai qu’un beau jour l’empire a changé d’avis, lui qui avait été le champion mondial du trafic négrier ; mais l’abolition britannique s’est produite en 1807, trois années après la révolution haïtienne, et s’est avérée tellement peu convaincante qu’en 1832 l’Angleterre a dû interdire à nouveau l’esclavage. La négation d’Haïti n’a rien de nouveau....
Image

La prière de Boukman Dutty

Cette prière a été prononcée par le prêtre vodou, Dutty Boukman, esclave né à la Jamaïque, lors de la cérémonie du Bois-Caïman tenue dans la nuit du 13 au 14 août 1791.  Cérémonie qui a permis quelques jours plus tard le soulèvement général des esclaves et qui constitue l'une des premières marches vers l'indépendance d'Haiti en 1804. Kreyol Bon Dje ki fè latè. Ki fè solèy ki klere nou anwo. Bon Dje ki soulve lanmè. Ki fè gronde loray. Bon Dje nou ki gen zorèy pou tande. Ou ki kache nan nyaj. Kap gade nou kote ou ye la. Ou wè tout sa blan fè nou sibi. Dje Blan yo mande krim. Bon Dje ki nan nou an vle byen fè. Bon Dje nou an ki si bon, ki si jis, li odone vanjans. Se li kap kondui bra nou pou nou ranpote la viktwa. Se li kap ba nou asistans. Nou tout fèt pou nou jete potre dje Blan yo ki swaf dlo lan zye. Koute vwa la libète kap chante lan kè nou. Français Le dieu qui créa la terre, qui créa le soleil qui nous donne la lumière. Le dieu qui détient les océans, qui fait gronder...
Image

Lettre de Jean-Jacques Dessalines au président Thomas Jefferson des Etats-Unis

Au quartier Général, Habitation de Frère, Plaine du Cul de Sac 23 Juin 1803 Jean Jacques Dessalines, Général en chef de l’Armée de Saint-Domingue à Monsieur le président des Etats-Unis d'Amérique Monsieur Le Président, La Goélette des États-Unis (La Fédérale, Capitaine Neheniah Barr) forcée d’entrer dans le port du Petit Goâve par nos chaloupes en croisière, m’offre l’honneur de vous instruire des événements survenus dans notre malheureuse isle depuis l’arrivée des Français et de la révolution qu’y a occasionné la tirannie de leur gouvernement oppresseur. Lassé de payer par l’effusion de tout notre sang le prix de notre aveugle fidélité à une métropole qui égorge ses enfans , le peuple de Saint Domingue, à l’exemple des nations les plus sages, a secoué le joug de la tirannie et juré l’expulsion de ses bourreaux. Déjà nos campagnes sont purgées de leur aspect; quelques villes leur restent encore, mais n’offrent plus rien à leur avide rapacité. Le...
Image

Lettre de Toussaint Louverture à Napoléon Bonaparte

Général Toussaint Louverture Militaire et Homme d'État haïtien Citoyen Consul,  Votre lettre m’a été transmise par le citoyen Leclerc, votre beau-frère, que vous avez nommé capitaine-général de cette île : titre qui n’est point reconnu par la constitution de Saint-Domingue. Le même messager a rendu deux enfants innocents aux embrassements et à la tendresse de leur père. Mais quelques chers que me soient mes fils, je ne veux point avoir d’obligation à mes ennemis, et je les renvoie à leurs geôliers. Les forces destinées à faire respecter la souveraineté du peuple français ont aussi effectué une descente ; elles répandent partout le carnage et la dévastation. De quel droit veut-on exterminer, par le fer et par le feu, un peuple grossier, mais innocent ? Nous avons osé former une constitution adaptée aux circonstances. Elle contient de bonnes choses, comme vous en convenez vous-même ; mais il s’y trouve aussi, dites-vous, des articles contraires à la souveraineté du peupl...
Image

I have a dream : Discours historique de Martin Luther King le 28 Août 1963 à Washington

J e suis heureux de me joindre à vous aujourd’hui pour participer à ce que l’histoire appellera la plus grande démonstration pour la liberté dans les annales de notre nation. Il y a un siècle de cela, un grand Américain qui nous couvre aujourd’hui de son ombre symbolique signait notre Proclamation d’Émancipation. Ce décret capital se dresse, comme un grand phare illuminant d’espérance les millions d’esclaves marqués au feu d’une brûlante injustice. Ce décret est venu comme une aube joyeuse terminer la longue nuit de leur captivité. Mais, cent ans plus tard, le Noir n’est toujours pas libre. Cent ans plus tard, la vie du Noir est encore terriblement handicapée par les menottes de la ségrégation et les chaînes de la discrimination. Cent ans plus tard, le Noir vit à l’écart sur son îlot de pauvreté au milieu d’un vaste océan de prospérité matérielle. Cent ans plus tard, le Noir languit encore dans les coins de la société américaine et se trouve exilé dans son propr...
Image

Les péchés d'Haïti

Eduardo Hughes Galeano Article écrit par Eduardo Galeano en 1996, journaliste et écrivain uruguayen, est l'une des personnalités les plus en vue de la littérature latino-américaine. Ses livres ont été traduits en plusieurs langues. Ses œuvres les plus connues sont Memoria del fuego (1986) et Las venas abiertas de América Latina (1971). La démocratie haïtienne est née il y a peu de temps. Au cours de sa brève vie, cette créature affamée et malade n'a reçu que des gifles. Elle est née récemment au cours des fêtes de fin d'années de 1991, quand elle a été assassinée par le coup-d'état du général Raoul Cédras. Trois ans plus tard, il a été ressuscité. Après avoir fait entrer et sortir tant de dictateurs militaires, les États-Unis ont fait déposé et remis au pouvoir le président Jean-Bertrand Aristide, qui avait été le premier dirigeant  élu par le vote populaire dans l'histoire d'Haïti et qui avait eu la folie de vouloir un pays moins injuste. Le vote et le vet...
Image

Copyright © Haitianaute. Designed by HAITIANAUTE